Mississippi
Une ferme de coton dans l’Amérique des années quarante.
Tel est le théâtre de cet étrange Mississipi, mi-romance mi-drame qui ressuscite avec panache la sauvagerie du vieux Sud, ses crimes originels et ses grandes mythologies.
Comme une boucle infernale, le roman s’ouvre et se referme sur l’enterrement du vieux Pappy, dans l’indifférence de ses proches. À mesure que l’intrigue se déploie, on entendra leur voix et l’on comprendra pourquoi. Il y a Henry, son fils aîné, avec sa Bovary de femme et les enfants qu’ils ont élevé dans le renoncement et la pauvreté. Il y aussi le beau Jamie, son cadet, que la sale guerre a bousillé.
Et puis le fantôme de Ronsel, ce fils de métayer qui lui aussi a servi son pays mais que le petit monde de Mississipi aura toujours réduit à sa couleur de peau. De passions interdites en crimes de haine, les destins s’entremêlent pour évoquer les errances, les horreurs et les hontes de l’histoire américaine.
On aurait tort, cependant, de lire ce beau premier roman comme un devoir de mémoire, avec son lot de sensiblerie et de morale yankee. Dans la langue d’Hillary Jordan, il y a bien plus que la couleur de l’histoire et des sentiments. On pense à Faulker pour la puissance d’évocation des voix qu’elle convoque.
Ou à Billie Holliday quand elle chantait le vieux Sud et ses corps lynchés qui se balancent dans les peupliers: « Southern trees bear a strange fruit / Blood on the leaves and blood at the root ».










