Mon beau festival, roi des sommets
Les Arcs, perso, j ‘en avais un souvenir plutôt pubère.
Vacances avec les parents qu’on sème sur les pistes histoire de s’asseoir à côté du beau snowboarder sur le télésiège.
Raclette dans le village construction années 70 alpines et parents qu’on sèment à nouveau dans la station pour retrouver le snowboarder (ha mince, c’est à ça qu’il ressemble) au bar du coin dans une ambiance de néons bleus.
Engueulade avec les parents excédés..
Le lendemain est similaire. Mis à part le snowboarder qu’on ne parvient pas à reconnaître, planqué sous une nouvelle tenue.
Bon, certes, c’était il y a plus longtemps que je ne veux bien l’admettre, mais un tel changement frôle le coup d’état.
Nous sommes le week-end d’ouverture de la deuxième édition du festival du cinéma européen des Arcs. Les pistes ouvrent aussi aujourd'hui, de fait elles sont vierges et poudreuses. Le village est tout de bois luxueux et de lumières tamisées.
Ça parle Roumain, Danois, Anglais, Norvégien et les autres (Vous n’avez qu’à connaître votre Europe). Ca parle Vinterberg président du jury, Hans Petter Moland, lauréat de la flêche de Cristal 2010 pour son film "Un chic Type", et les autres (Vous n’avez qu’à réviser vos réalisateurs européens).
Le maire déclare la montagne culturelle, le programmateur, Frédéric Boyer, réclame l'ouverture alpine, Claude Duty, réalisateur et organisateur du Festival, déclame les horizons artistiques enneigés…
Le premier pincement de nostalgie parisianiste passée (mais où est donc le foklore ?!), je réalise rapidement l’exceptionnelle richesse et originalité du festival.
Le snowboarder rencontré sur le télésiège, je peux désormais discuter avec lui du film espagnol « Même la pluie » projeté en ouverture du festival et c’est pas mal aussi…
le festival innove dans la rencontre entre un cinéma spécifique et un public qui ne lui était pas forcément acquis ou dévolu.
Si les professionnels apprécient de pouvoir, pour une fois, se concentrer à loisir sur cette séléction hors sentiers battus, les particuliers sont souvent dans la découverte de tout un pan du cinéma contemporain souffrant souvent d'un a-priori auteuriste.
Pour tout ceux que j'ai croisé en deux jours, voilà où se trouve le véritable enjeu du festival: libérer simultanément la montagne d'un côté et le cinéma européen de l'autre, des clichés qui les enrobent et des préjugés qui les accablent.
La sélection est prestigieuse, dense, concoctée par Frédéric Boyer , programmateur de la quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes.6 grands films européens en avant-première, 12 films en Compétition officielle pour la Flèche de Cristal, 7 films européens primés dans leur pays d’origine en Panorama, 12 films danois dans le cadre du Focus Pays 2010 consacré au Danemark, invité d’honneur de cette édition et 8 films de répertoire, des « classiques », destinés au jeune public.
Mais contrairement à la célèbre Cannerie annuelle, l’aspect buisness et l’ambiance navrante qu’il implique sont évacués fissa au profit d’une fraternité cinéphile émouvante certes facilitée par un goût communément européen pour l’alcool.
Mal fagoté que nous sommes, épuisé par une journée de ski, on oublie sans scrupules nos poses urbaines. Dans quelle autre soirée d’ouverture de festival prestigieux se déhanche t’on en cache-oreille, toutes langues européennes dehors, sur un mix totalement décomplexé d’Ariel Wizman, ou d’un Greg Boust que rien n’arrête, même pas 12 min d’un superbe et audacieux « When the music’s over » des doors à 3h30 du matin…
(petit plaisir en vidéo et apperçu en audio ci-dessous.)
Le lendemain soir, les membres honorifique du jury, Karaokent au « O’chaud », le bar de station. On appréciera également, l’acteur Anglais de the office, Pat Baladi, s’offrant la choré de Fame. On participera, avec succès, soit dit en passant, à des pokers polyglottes organisés à 5h du matin dans les résidences entre sponsors, réalisateurs, locaux, journalistes et simples spectateurs.
Si l’UCPA organisait une colo cinéma, ça ressemblerait probablement à ça.
L’aspect profondément ludique et bon enfant, se double d’un réel enrichissement culturel et cinématographique.
Je rencontre au bar (oui, encore), un producteur Irlandais. Aujourd’hui, il a participé à une marche dans la poudreuse, en chaussure de ski, avec d’autres professionnels. Demain il ira aux rencontres organisées sur les télésièges selon un code couleur attribué en fonction des professions. Ainsi, dans un même télésiège, peuvent monter un réal, un scénariste, un producteur, un distributeur. Qui sait, en une remontée un film peut naître…
On ne s'affole pas, rien d’élitiste ici. Et pour cause. Ceux qui sont pourtant des célébrités dans leur pays, sont relativement inconnus des autres participants et du public. Alors pas de star system, pas de fans, pas de paparazzi. Ce raffraichissant anonymat permet le mélange désinhibé de jeunes artistes inconnus et d’autres plus confirmés.
Une fois sur place, on s'apperçoit vite que le festival fonctionne grâce à l’aide de nombreux bénévoles des alentours. Pour certains, comme notre ange gardien le "grand Nico", le festival tire la station vers le haut, lui permet de sortir des clichés montagnards et de la réalité parfois rude du statut de saisonnier. Ce qui n'empêche pas l'échange de typiques recettes secrètes, de quelques expressions folkloriques salés, ou de quelques projets artistiques locaux…
Il ne s’agit donc pas d’écraser une culture au profit d’une autre, mais de les stimuler toutes deux. Et si tout le monde au niveau local n'est pas encore totalement convaincu par les vertues de l'échangisme culturel, la satisfaction épice déjà gentiment le genepi...
Quant au cinéma, il en sort grandit, soudainement extensible, ouvertement jeune et audacieux avec la vie devant lui.
Finalement, les Arcs rappellent bien l’adolescence.
A l’année prochaine pour une cure de jouvence artistique et de snowboarders cultivés.
Palmares 2010 ici
- 1 de 7
- ››


